Nous avons vu que les parents qui ne sont pas aptes à répondre adéquatement aux besoins de l’enfant induisent un mode d’intégration psychologique dépendant du monde extérieur…
Comme parent, à partir de notre mode d’éducation, nous faisons un choix sur ce qui déterminera notre enfant. Notre enfant sera-t-il déterminé par ses motivations internes ou par les forces externes? Vivra-t-il selon ses déterminants propres ou en dépendance aux stimuli externes? Comment s’effectue le choix?
Il est facile de détruire l’autonomie simplement en obligeant l’enfant à développer un faux soi pour se protéger ou se faire aimer… Si nous dévalorisons sa curiosité et l’exploration, si nous lui communiquons que les résultats de son exploration et de ses essais et erreurs sont stupides, si nous communiquons continuellement que nous savons mieux que lui et qu’il devait nous laisser faire, nous lui enseignons que rien ne vient de l’intérieur, que tout savoir et toute vérité arrivent de l’extérieur… L’enfant développe alors une incapacité à reconnaître ses besoins et ses motivations internes (puisque nous lui communiquons que nous savons mieux que lui ce qu’il est…).
Si les mouvements de la force vitale (explorer, essayer, faire par soi-même, prendre de la place, faire du bruit, courir et sauter, se protéger, agresser, chanter, rire, embrasser, repousser, etc.) de l’enfant subissent constamment des réactions castratrices (c’est-à-dire une dévalorisation, une culpabilisation et une attaque de sa nature même) au lieu d’être encadré et guidé vers des actions valorisantes, l’enfant apprend à avoir peur de cette force vitale et de ses besoins (qui entraînent des réactions de son environnement si douloureuses pour lui), à les voir comme des ennemis à fuir ou à dominer, sinon à exterminer… Il apprend à se couper de son monde intérieur et le vide existentiel commence à se développer dans une sensation de manque qui exige un soulagement immédiat tellement c’est intolérable. Une telle douleur est ressentie dans une sensation d’impuissance, de terreur et de rage. Lorsque l’enfant se voit interdire l’expression de ses émotions, il perd son enthousiasme et sa spontanéité naturelle. Il apprend à diriger contre lui-même et ses besoins d’autonomie la fureur qui découle de la castration.
En guerre contre lui-même et ses besoins, l’enfant en se développant luttera contre tout ce qui lui rappellera ses besoins et sa vitalité enfermée, que ce soit en lui-même ou chez les autres (particulièrement contre les personnes les plus vulnérables, enfant, aîné, handicapé, etc.). Son humanité et la capacité à sentir sa souffrance et celle des autres seront vécues comme une menace… La capacité d’empathie envers soi et envers autrui s’en trouvera handicapée. Il lui sera alors impossible de reconnaître la souffrance comme un aspect incontournable de l’expérience humaine, expérience sur laquelle se fonde en réalité la communion entre les humains, la fraternité humaine…
Tout acte de violence, d’exploitation, d’injustice vient en sommes de la négation de la souffrance de l’autre et commence par la négation par l’agresseur, de sa propre souffrance.
