Le développement de l’autonomie (partie 2)

30 novembre 2010

Denis vielNous avons vu que les parents qui ne sont pas aptes à répondre adéquatement aux besoins de l’enfant induisent un mode  d’intégration psychologique dépendant du monde extérieur…

Comme parent, à partir de notre mode d’éducation, nous faisons un choix sur ce qui  déterminera notre enfant.  Notre enfant sera-t-il déterminé par ses motivations internes ou par les forces externes?  Vivra-t-il selon ses déterminants propres ou en dépendance aux stimuli externes? Comment s’effectue le choix?

Il est facile de détruire l’autonomie simplement en obligeant l’enfant à développer un faux soi pour se protéger ou se faire aimer…  Si  nous dévalorisons sa curiosité et l’exploration, si nous lui communiquons que les résultats de son exploration et de ses essais et erreurs sont stupides, si nous communiquons continuellement que nous savons mieux que lui et qu’il devait nous laisser faire, nous lui enseignons que rien ne vient de l’intérieur, que tout savoir et toute vérité arrivent de l’extérieur… L’enfant développe alors une incapacité à reconnaître ses besoins et ses motivations internes (puisque nous lui communiquons que nous savons mieux que lui ce qu’il est…).

Si les mouvements de la force vitale (explorer, essayer, faire par soi-même, prendre de la place, faire du bruit, courir et sauter, se protéger, agresser, chanter, rire, embrasser, repousser, etc.) de l’enfant subissent constamment des réactions castratrices (c’est-à-dire une dévalorisation, une culpabilisation et une attaque de sa nature même) au lieu d’être encadré et guidé vers des actions valorisantes, l’enfant apprend à avoir peur de cette force vitale et de ses besoins (qui entraînent des réactions de son environnement si douloureuses pour lui), à les voir comme des ennemis à fuir ou à dominer, sinon à exterminer…  Il apprend à se couper de son  monde intérieur et le vide existentiel commence à se développer dans une sensation de manque qui exige un soulagement immédiat tellement c’est intolérable. Une telle douleur est ressentie dans une sensation d’impuissance, de terreur et de rage.  Lorsque l’enfant se voit interdire l’expression de ses émotions, il perd son enthousiasme et sa spontanéité naturelle. Il apprend à diriger contre lui-même et ses besoins d’autonomie la fureur qui découle de la castration.

En guerre contre lui-même et ses besoins, l’enfant en se développant luttera contre tout ce qui lui rappellera ses besoins et sa vitalité enfermée, que ce soit en lui-même ou chez les autres (particulièrement contre les personnes les plus vulnérables, enfant, aîné, handicapé, etc.).  Son humanité et la capacité à sentir sa souffrance et celle des autres seront vécues comme une menace…  La capacité d’empathie envers soi et envers autrui s’en trouvera handicapée.  Il lui sera alors impossible de reconnaître la souffrance comme un aspect incontournable de l’expérience humaine, expérience sur laquelle se fonde en réalité la communion entre les humains, la fraternité humaine…

Tout acte de violence, d’exploitation, d’injustice vient en sommes de la négation de la souffrance de l’autre et commence par la négation par l’agresseur, de sa propre souffrance.

Le développement de l’autonomie (partie 1)

6 novembre 2010

Denis viel

Dans mon dernier texte (nous sommes tous des croyants partie 6) je terminais en ouvrant une porte sur l’autonomie affective.

Populairement, on présente l’autonomie sur le même registre que l’indépendance.  L’indépendance est souvent perçue comme le pouvoir d’affirmer une liberté, de prouver comment nous sommes forts et supérieurs…

L’autonomie que nous allons explorer dans les prochains textes pourrait plutôt se définir comme un état ou l’individu est en harmonie avec ses sentiments et ses besoins. Un état où l’on peut éprouver pleinement besoins, sentiments et perceptions. Nous pourrions parler d’authenticité existentielle, de congruence avec soi-même.  Cela est possible si je ne me rejette pas moi-même, si je me reconnais et accepte tel que je suis.  Or cela ne va pas de soi…

En effet le développement de notre autonomie ou de notre absence d’autonomie est particulièrement lié à notre processus de socialisation, à notre éducation…  Si le processus d’éducation vise la soumission et présente l’adaptation sociale comme un test d’obéissance c’est-à-dire un test de soumission, les efforts de l’enfant pour se conformer conduisent à la perte des sentiments authentiques…  Pour s’adapter et survivre, l’enfant se construit peu à peu un personnage, une «persona», à l’image ou en réaction des attentes de son milieu d’éducation.

Selon le degré de fracture entre l’être authentique et l’être adapté, nous verrons apparaître plus ou moins de malaises, de mal d’être, plus ou moins de problèmes relationnels, plus ou moins de problèmes d’adaptation à la société…

L’enjeu de ce conflit entre soi authentique et soi «adapté» c’est l’acceptation ou le refus de nos zones de vulnérabilité…  Soumis au pouvoir d’autrui (système d’éducation parentale, système d’éducation scolaire) nous apprenons la douleur de l’impuissance.  Comment l’enfant peut-il se défendre ou s’opposer à l’adulte qui lui crie dessus, qui le menace dans son affectivité, qui ridiculise ses émotions, qui le culpabilise de s’affirmer, qui le menace de coups, qui le frappe, qui le néglige en réponse à ses tentatives de créer un lien affectif?

L’enfant est égocentré en ce sens qu’il croit que ce qui arrive est de sa faute… Si papa ou maman le dévalorise, crie sur lui, le frappe, une part de lui croit vraiment qu’il mérite ce traitement…  S’il s’agit d’un mode relationnel habituel et répétitif, il enregistre que sa nature est en elle-même inadéquate, que son être lui-même est défectueux et indigne d’amour, donc digne de rejet et de haine…   On pourrait dire qu’il prend sur ses épaules la blessure de ses parents…

Il apprend donc qu’il doit être «autre» que lui-même pour être digne d’amour.  Il cherchera à l’extérieur de lui ce à quoi il doit correspondre pour être aimé et sera en conflit avec lui-même pour le reste de son existence, à moins que la révolte devant une telle trahison de son être prenne le dessus…  Autrement, soumises aux dictats des attentes des autres, de la mode, des émotions réactionnelles, ces personnes deviennent étrangères à elle-même (aliénée) et peuvent se comparer à une feuille d’automne poussée au gré du vent…

À bientôt pour la suite…

Les questions pseudo-existentielles ?

17 octobre 2010

Daniel Pelletier

Salut mes amours. Ben oui, après les six (6) semaines d’articles songés de nous sommes tous croyants de mon camarade Denis Viel, je reviens vous hanter. Comme l’automne nous apporte une température moins clémente et plus lourde, j’ai pensé vous divertir un peu en vous posant une série de questions de type pseudo-existentielle. Mais, attention, il y a un piège ! J’ai décidé que je n’écrirai plus de blogues temps et aussi longtemps que je n’aie pas reçu de 25 lecteurs et lectrices de ce blogue les réponses à mes questions. Alors, tout le monde à vos neurones.

  1. Est-ce que le Tide eau froide fonctionne en eau chaude ?

  2. Pourquoi tout le monde dit « une autobus » au lieu d’un autobus ?
  3. Comment ça se fait quand on achète un deux par six pis qu’on le mesure, ça mesure pas deux par six ?
  4. Les gens qui planifient les travaux routiers et la réfection des artères en ville ont-ils des voitures simonak de câline ?
  5. Pourquoi dit-on d’un jeune garçon sage qu’il est un bon petit diable et d’un petit cabotin qu’il est un petit christ ?
  6. Si on brûle la chandelle par les deux bouts, lequel va s’éteindre en premier ?
  7. Les gens qui regardent Occupation double sont-ils en manque de sexe ?
  8. Est-ce vrai que les maladies érectiles sont en baisses ?
  9. Pourquoi certaines personnes n’ont pas de vie avant la mort ?
  10. Est-ce que la facilité annihile le courage ?
  11. Penser par soi-même est-ce encore possible de nos jours ?
  12. D’après vous, le XXIe siècle, la voie royale d’entrée du troisième millénaire, marquera-t-il le retour de Jésus ?
  13. Est-ce que Raël est un extraterrestre… à le voir on dirait bien que oui ?
  14. D’après certaines religions, nous sommes tous frères et sœurs. Alors, comment les religions dans leur religiosité peuvent-elles tolérer que des frères et des sœurs couchent ensemble… où est rendue la vertu ?
  15. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais comment se fait-il que juste René Lévesque soit sorti plus pauvre de la politique qu’il en est entré ?
  16. Pourquoi dit-on « ventre affamé n’a point d’oreille » au lieu de dire « ventre affamé n’a point d’oseille » ?
  17. « Tout vient à point à qui sait attendre », est-ce la devise d’un bouton noir dans la face d’un ado qui vient pas à bout d’aboutir ?
  18. Dans notre société moderne, les personnes aînées ont-elles le droit d’être jeunes ?
  19. Est-ce que les fenêtres sont importantes dans la vie ? Ne dit-on pas, « qui aime bien châssis bien » !
  20. Quand on reçoit une rondelle de hockey dans le front, est-ce que ça puck ?
  21. Pourquoi les mille-pattes s’appellent-ils des mille-pattes quand on sait qu’ils ont environ entre vingt et trois cents pattes par mille-pattes ?
  22. Avec le nombre considérable d’humoristes que compte le Québec, ne serait-il pas logique que le gouvernement crée un ministère de la farce ?
  23. Le hockey au Québec, est-il un sport national ou une maladie mentale ?
  24. Est-ce véridique de croire que les fromagers de la Mauricie disent du Docteur Mailloux qu’il est à la psychiatrie ce que le Cheeseweez est au fromage ?
  25. Le juge Jean arrache, devant les versions contradictoires des deux témoins principaux à la commission, dit « vous, ex grand maître du droit et de la justice, avez-vous dit toute la vérité, rien que la vérité » ? « Oui » rétorque en jurant l’ex grand maître du droit et de la justice. « Et vous, monsieur le premier des premiers », demande le juge Jean Arrache, « avez-vous dit toute la vérité, rien que la vérité « ? « Oui » s’empresse de répondre sans broncher monsieur le premier des premiers.  Alors, se levant dans la salle, un honnête citoyen payeur de taxes écœuré et éberlué devant les réponses contradictoires des deux témoins principaux demande au juge Jean Arrache, « M. le juge, est-ce que par hasard la vérité comme on la connaît aurait d’après vous deux visages » ?

Voilà mes amours, amusez-vous bien et soyez nombreux à remplir ce questionnaire si vous voulez un jour me lire. A bientôt mes torriaux !

Nous sommes tous des croyants (6e partie)

11 octobre 2010

Denis vielUne surcharge de travail m’a empêché de vous écrire ces dernières semaines.  Je suis désolé d’avoir manqué notre rendez-vous hebdomadaire.  Je complète donc  cette série par la définition de la troisième attitude qui caractérise une relation saine.

Donc, nous avons abordé la congruence et la compréhension empathique   (voir nous somme tous des croyants, 5e partie).  La troisième attitude est l’acceptation positive inconditionnelle.

Pour  Rogers, les problèmes que rencontre une personne dans sa vie d’adulte viennent du fait que nous ne rencontrons que très rarement une telle acceptation de la part de nos parents.  L’acceptation positive inconditionnelle s’est regardé l’autre au-delà du comportement comme un être précieux, digne d’être aimé en lui-même, pour lui-même, indépendamment de ses actions ou de ses choix.  Cela ne signifie pas que nous acceptons tout dans la relation.

Un comportement peut être irrespectueux, envahissant, violent…  Il est légitime et nécessaire de se positionner face à ce comportement et a posé des limites.  Mais l’individu en lui-même n’en perd pas sa valeur, sa dignité.  Sommes-nous capables de le valoriser, de l’accueillir indépendamment de ses émotions ou de ses comportements, de le voir comme un être unique et libre, avons-nous foi en ses potentialités, pouvons-nous créer une relation non possessive avec lui (il est un être libre et non pas un objet pour ma satisfaction) ?

L’éducation se trompe souvent lorsqu’au lieu de condamner un comportement elle condamne la personne…  Les mots durs, les réactions impulsives lorsque l’enfant pose des comportements inadéquats (par exemple : «Tu es méchant!  Tu es niaiseuse! Mon «tabarcnac» tu vas écouter! Tu fais de la peine à maman…  etc.)  inscrivent dans l’enfant  un sentiment de honte.

C’est pire que la culpabilité.  La honte c’est la croyance que je suis inadéquat dans ma nature même, dans mon être même.  Ce n’est pas le comportement qui est incorrect c’est moi-même en tant qu’individu.  Un comportement je peux le changer, le moduler, l’adapter.  Mais si c’est moi, mon être, ma nature qui sommes inadéquats que puis-je faire?

C’est ce qui arrive à la majorité d’entre nous… L’éducation nous apprend la honte de soi-même.  Il en découle la haine de soi-même et donc la construction d’un «faux soi», un soi adapté aux attentes des autres, un personnage, une «persona»,  parce qu’au fond on veut se faire aimer…La spirale de la dépendance affective s’installe, les troubles anxieux également et aussi la perte de l’autonomie affective… Le refoulement s’accentue et aussi la pression interne, le comportement devient ou impulsif ou complètement retenu et sans spontanéité…

Une relation qui guérit, c’est une relation ou on se sent aimé et respecté… par une personne qui s’aime et qui se respecte… Une relation non pas construite sur la codépendance, mais bien sur un choix libre d’explorer ensemble la profondeur et la vulnérabilité de l’existence humaine… Le développement de l’autonomie passe par l’acceptation de cette vulnérabilité en soi et en l’autre…

Nous sommes tous des croyants (5e partie)

13 septembre 2010

Denis viel

Dans la continuité des derniers textes, je développe l’idée (ma croyance) que c’est l’amour qui guérit…  Le dernier commentaire de M. Pelletier demande de préciser ce que je veux dire et c’est le but du texte de la semaine dernière, de celui-ci et des prochains.

Le commentaire de M. Pelletier m’amène à affirmer une autre croyance qui ne va pas de soit pour bien des humains.  Je crois que l’être humain possède des ressources considérables pour se comprendre, changer sa perception de lui-même, ses attitudes et ses comportements.

Je crois qu’il existe en chaque être humain une poussée vers l’accomplissement et le développement.  Je crois que si nous offrons les conditions nécessaires, l’être humain choisira la sincérité, l’indépendance, la responsabilité, la connaissance de soi, l’empathie envers autrui, la responsabilité sociale et la relation d’amour interpersonnelle.

Dans le dernier texte, nous avions commencé à définir ces conditions nécessaires en l’appelant «la relation saine». Nous avons parlé du respect, de la confiance et de l’authenticité. Une personne authentique nous donne le droit d’être nous-mêmes, sans risque de jugement ou de rejet. (Ceci s’applique à l’être, pas nécessairement à tout comportement.) C’est dans ce type de rapport que nous apprenons que nous sommes dignes d’amour et de respect.

Il y a trois attitudes fondamentales (selon Rogers) susceptibles de caractériser une relation saine.  Il s’agit de la congruence, de la compréhension empathique et l’acceptation positive inconditionnelle.

La congruence, c’est l’accord avec soi-même.  C’est la cohérence entre les besoins, les désirs, la conscience que nous en avons et l’expression que nous en donnons.  Autrement dit, un oui est un oui, un non est un non.  Je ne fais pas quelque chose à contrecœur, mais bien parce que ça me correspond.   Mes comportements sont en accord avec ce que je porte en moi.

Je ne fais pas les choses pour que les autres m’aiment, mais bien parce que je m’aime.  Évidemment, j’accepte que l’autre en face autant…  Être en présence d’une personne en congruence avec elle-même, nous donne le droit d’être en congruence avec nous-mêmes.

La compréhension empathique, c’est la capacité de sentir ce que ressent la personne intérieurement.  C’est recherché à entrer dans son univers et s’efforçant de le voir sous le même angle qu’elle.  C’est mettre du soin à l’entendre exprimer ce qu’elle ressent, pense, ou vit à la place où elle est. (Mais en laissant notre imaginaire et nos hypothèses de côté.)  Il ne s’agit pas de se projeter en l’autre, mais bien de comprendre l’autre.

Être empathique, c’est être touché,  ému par la relation.  C’est prendre le risque d’une vraie relation avec ses émotions, ses bonheurs, ses peurs, ses déceptions imprévisibles.  C’est possible si moi-même je suis à l’aise avec l’exploration et l’acceptation de mes propres émotions.  Ce que je refuse en moi-même, je ne peux l’entendre ou le comprendre chez l’autre.  Lorsque l’on est écouté avec empathie, ça nous donne la possibilité de mieux nous comprendre nous-mêmes, de mieux nous accepter, de développer un peu plus d’amour de soi.

À la semaine prochaine…

Nous sommes tous des croyants (4e partie)

5 septembre 2010

Denis viel

Dans la deuxième partie de cette série «Nous sommes tous des croyants» j’avançais que la clef de la guérison est l’amour.  Je disais que Freud affirme que c’est l’amour du client envers son thérapeute qui permet le changement.  Je relatais qu’une recherche sur l’intervention semblait démontrer qu’au-delà du cadre théorique et du contenu, c’est la qualité de la relation qui permettait le changement.

Donc, quoiqu’en pense certaines écoles de pensée, c’est l’amour qui transforme (c’est ma croyance).  Qu’est-ce que ça veut dire? De quel «amour» parle-t-on?

M. Melançon dans son commentaire de la semaine dernière fait bien d’amener certaines nuances.  Évidemment, il ne s’agit pas de changer un esclavage pour un autre, une dépendance pour une autre.  Eh oui, l’objectif c’est de développer l’amour de soi.  Mais comment?

D’abord, mettons à jour une des «croyances» qui colorent ma vision de l’intervention et des relations humaines en générales.   « Chaque individu est unique. Il détient au plus profond de lui sa propre vérité, sa vie et le tracé potentiel de son chemin, qu’aucune science du psychisme ne peut enfermer… Il peut accéder à ses ressources s’il se sent compris, accepté, non jugé.» (Carl  Rogers).

Voilà le but, permettre à l’individu d’accéder à ses ressources, qu’il devienne son propre guide.  C’est le but de toute intervention qui souhaite que l’individu devienne libre et autonome, mais aussi de toute forme d’éducation… Au-delà de ce qu’on appelle communément l’amour, il y a des attitudes et des comportements qui doivent baliser la relation, que ce soit entre adultes ou entre les parents et les enfants…  La compréhension, l’acceptation, le non-jugement… voici les premiers ingrédients d’une relation susceptible de supporter le développement de l’être.

Si c’est dans une relation humaine blessée que nous construisons nos croyances défensives, c’est dans une relation humaine saine que nous apprenons à reconstruire la confiance en nous même et en l’autre…

Qu’est-ce qu’une relation saine?  La relation saine est centrée sur la personne.  Elle offre un climat sécurisant, favorable à l’expression de soi.  L’autre nous démontre par son attitude qu’il nous fait confiance et qu’il nous respecte.  Il est nécessaire que cette confiance ou ce respect ne soit pas du «fake», un rôle, une méthode plaquée…

Le respect et la confiance doivent être authentiques, sinon les paroles et les attitudes sonneront fausses.  Nous nous sentirons trahis lorsque le masque tombera.  Cette expérience viendra alors confirmer les expériences passées et nous garderons nos croyances défensives et nos stratégies d’évitement face aux autres et face à nous même…

Le respect,  c’est considérer l’autre comme une personne inconditionnellement digne d’estime, quels que soient son état, son comportement ou ses sentiments.  Le respect permet de faire la différence entre la personne et son comportement.  Je ne suis pas obligé d’accepter un comportement déplacé.

Je peux y mettre une limite, mais je ne suis pas obligé de dévaloriser, de mépriser ou d’attaquer l’autre dans son intégrité physique ou psychologique pour mettre une limite au comportement.   Beaucoup de méthodes éducatives utilisent la domination et la peur comme outils de contrôle…  rien de pire pour l’estime de soi.

Dans une écoute mutuelle et sincère, dans un climat sécurisant, par la considération mutuelle, par l’expérience de l’acceptation de soi par l’autre, nous réapprenons à nous accepter nous-mêmes avec nos émotions, nos sentiments, notre ressenti.  Et c’est ici que commence la construction de l’amour de soi, du respect de soi, parce que quelqu’un nous regarde et nous considère digne de respect et d’amour… et ce, sans attendre de nous un paiement affectif… ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de limites ou de cadre…

La semaine prochaine nous continuons notre approfondissement des attitudes et comportements qui caractérisent l’amour qui guérit.

Nous sommes tous des croyants (3e partie)

29 août 2010

Denis viel

Bonjour à tous!

Avant de vous parler de l’amour dans le cadre de l’accompagnement (tel qu’annoncer dans la deuxième partie), j’aimerais répondre à une question de M. Stéphane Melançon en lien avec la première partie de la présente série.

Merci M. Melançon pour votre question qui permet d’approfondir notre sujet.

En fait, je «crois» que l’être est fondamentalement orienté vers la recherche du bonheur.  Je «crois» que l’éducation et les expériences précoces vont favoriser l’une ou l’autre des deux tendances suivantes.

Soit que j’apprenne à croire que je peux aller chercher ce qui me rendra heureux et à gérer la souffrance potentielle liée à l’échec ou la perte (pour apprendre à marcher il faut accepter de tomber, choisir une orange implique que je laisse partir la pomme, prendre le risque d’aimer peut impliquer que cet amour ne soit pas reçu, choisir la liberté et l’autonomie peut impliquer d’être rejeté de ceux qui veulent nous contrôler et nous modeler).

Soit que je crois qu’il est préférable d’éviter la souffrance pour être heureux (peur, rejet, abandon, rejet, douleur physique).

Celui qui développera la «foi» en ses moyens sera plus proactif, prendra plus de risques, vivra une plus grande variété d’expérience, tolérera plus de souffrance en vue d’obtenir ce qu’il recherche (no pain, no gain…).  Il y aura  en conséquence plus d’apprentissages, plus d’épanouissement (développement des potentialités et de l’être) et une plus grande estime de soi (fierté).

Celui qui croit qu’il faut éviter la souffrance prendra des décisions baser sur la fuite et l’évitement, le maintien du connu (statu quo) avec comme conséquence moins de réalisation, moins de développement, moins d’estime de soi.  Malgré tout, la souffrance le rejoindra quand même, car elle est inévitable (maladie, vieillesse, accident, solitude et finalement la mort…).

Les deux tendances sont construites sur des croyances, sur la même recherche du bonheur… Mais ce qui comptera finalement, c’est qu’aux jours de la préparation du dernier voyage, viendra un temps pour faire le bilan de mon existence…  Si je me dirai, «Je peux partir en paix.

Je n’ai pas tout réussi, je n’ai pas toujours été correct avec mes proches, mais je ne regrette rien, j’ai donné le meilleur de moi-même, je suis allé aussi loin que je le pouvais…»  ou bien « J’aurais dont dû…»

Je «crois» que le juge le plus sévère sera ma conscience…

Comment identifier nos croyances?  Comment jeter à terre un système dogmatique qui m’emprisonne et me paralyse, même à mon insu?  Et si la réponse était l’amour?

Nous sommes tous des croyants… (2e partie)

22 août 2010

Denis vielRésumons le texte de la semaine dernière…

Tout être humain peut être dominé par son système de croyances si ce système n’est pas conscientisé.  Ce système de croyances et de dogmes sera remis en question lorsqu’il ne parvient plus à gérer la réalité, lorsqu’il ne parvient plus à nous aider à atteindre le bonheur que nous recherchons.  Arrivent alors la crise, le déséquilibre, l’inconfort.

Nous tombons dans le vide, car nos repères ne fonctionnent plus.  C’est une crise de «foi» au sens où nous ne savons plus vers quels «Saints», vers quels «Dieux» nous tourner… Et cette crise ressemble souvent au désespoir spirituel comme lorsque l’on perd la foi…  Anxiété et angoisse existentielle sont alors des compagnes quotidiennes…

Que peut-on faire lorsque les colonnes du temple de nos croyances sont ébranlées ou s’effondrent?

Nous avons vu la semaine dernière que notre système de croyances s’est construit au cours de notre enfance à travers les expériences de relations humaines et par la façon dont nous les avons comprises.  J’ai la conviction profonde (tient, voilà une croyance…) que c’est aussi dans l’expérience de relations humaines saines que la «réforme» de nos croyances peut s’effectuer.

Que ce soit via un accompagnement spirituel, une psychothérapie, du counselling, ou un coaching, au-delà des paroles et de l’approche, c’est dans la qualité de la relation que quelque chose se produit.  C’est un peu comme l’éducation des enfants.  Ce n’est pas ce qui est dit qui s’implante, c’est ce qui est ressenti, palpable, authentique.

Freud aurait dit que le changement s’opère si la personne «aime» celui ou celle qui l’accompagne.  Une étude sur l’efficacité de certaines approches thérapeutiques allait dans le sens que ce n’est pas le cadre théorique, ce ne sont pas les interventions de l’aidant qui font la différence, mais la qualité du lien entre les individus en interaction.

Je dirais dans mes mots, «ça marche» si une relation d’amour est possible entre les deux personnes…  Ça serait l’amour qui guérit ou du moins qui serait l’ingrédient essentiel du changement…

Ici, nous entrons dans une zone «tabou» en intervention…  Que veut-on dire par «amour»?

Ça soulève aussi d’autres enjeux.  Changer par amour, n’est-ce pas échanger une dépendance pour une autre, un système de croyance pour un autre?  Changer, qu’est-ce que ça veut dire?

À la semaine prochaine!

Nous sommes tous des croyants (1ère partie)

15 août 2010

Denis vielNous avons tous une attitude de croyant… même ceux qui se disent  athées…  Nous avons tous nos dogmes, nos vérités toutes faites et nous exerçons la censure (consciente ou inconsciente) face aux conceptions qui contredisent nos convictions vis-à-vis nous-mêmes, les autres et la vie en général.   Nous construisons des superstitions et nous nous emprisonnons avec elles.  Nous y fondons notre code moral et l’appliquons avec autant de sévérité que le Grand Inquisiteur.  Si bien, que notre vie ressemble à un purgatoire et que parfois nous faisons de la vie des autres un véritable enfer…

L’être humain cherche pourtant à être heureux…  Dans cette quête du bonheur, nous voyons deux forces se mettre en action.  L’une de ces forces est orientée par la recherche du plaisir, vers la réalisation des désirs, par l’actualisation des potentialités.  Une autre force vise à éviter la souffrance, à fuir le danger, à nous protéger.  Nous sommes donc mobilisés par la confiance ou par la peur selon les contextes.  Généralement l’une des forces sera plus dominante que l’autre.  Sur quoi se construisent donc ces tendances?

Fondamentalement c’est sur l’expérience et sur les enseignements que nous en tirons… Ces enseignements deviennent par la suite des croyances, des dogmes… une foi plus forte que n’importe quelle croyance religieuse, car elle s’installe dans notre affectivité sans que nous nous en rendions vraiment compte.  C’est comme un virus qui viendrait influencer nos perceptions, notre façon de comprendre et de voir la vie.  Une croyance ce n’est pas seulement une idée, une conception.  C’est une conviction profonde qui engage l’ensemble de l’affectivité, des émotions, de la raison consciente et inconsciente.  Elle s’enracine dans les souvenirs et dans la mémoire affective et corporelle et tend à s’autovalider tout au long de la vie et des expériences.

Quelles sont ces expériences si marquantes qu’elles viennent changer le cours de notre histoire?  Il y a d’abord les traumatismes de l’enfance.  Par exemple, un jeune enfant sent bien que quelque chose ne va pas avec sa mère… Il ne sent pas la présence et l’attachement.  Il perçoit qu’elle est triste, tendue, anxieuse.  L’enfant aime sa mère et fera tout pour l’aider et tentera d’en faire beaucoup pour créer un lien d’affection.  La mère se suicide…  L’enfant pour donner sens à cet événement qui n’en a pas «croira» qu’il n’est pas parvenu à aider sa mère, que c’est de sa faute si elle s’est enlevé la vie.  Une deuxième croyance peut aussi se créer,  c’est que si sa mère n’est pas parvenue à vivre, à s’accrocher même par amour pour lui, c’est qu’il n’en vaut pas la peine…  Il n’est pas difficile d’imaginer l’impact de ces deux croyances sur la vie  future de cet enfant…

Comme autre type d’expériences, il y a aussi les petites violences ou négligences quotidiennes… Par exemple, éduquer un enfant ne va pas de soi…  Entre 1 an et 3 ans, les études démontrent que l’enfant posera plus d’actes d’agressivité et de violence que dans tout le reste de sa vie.  C’est la période ou l’enfant test les limites de son environnement et… de ses parents.   Si le parent n’est pas mature, il est fort probable que ses réactions aux transgressions des règles soient incohérentes d’une fois à l’autre ou si elles sont cohérentes qu’il exerce l’autorité par la domination, l’humiliation, la création de la peur, la menace de la perte du lien affectif, du lien d’amour.

Si c’est répétitif,  l’enfant apprend que les relations humaines sont dangereuses. Que l’attachement est possible seulement dans une cadre de soumission.  La croyance qui se développera sera que pour être aimé je dois accepter de faire ce que l’on me dit, même si ça va à l’encontre de mes intérêts… L’autre croyance possible c’est que s’engager affectivement c’est abandonner sa liberté…  Ou encore si le parent ne donne pas de cadre et qu’il réponde positivement à toutes les demandes, l’enfant peut finir par croire que tout lui est dû, qu’il n’y aura jamais de refus que tout doit tourner autour de sa personne… Évidemment, le contacte avec la réalité sera un choc difficile à encaisser…

Chaque individu selon les événements et sa personnalité construit et confirme ses croyances dans le temps.  On commence à remettre en question ces croyances lorsque ça ne marche plus, quand les échecs et la douleur sont plus importants que les bénéfices de maintenir ce cadre de croyances.  Mais cette remise en question est difficile, car elle implique de jeter à terre l’image de nos parents, «divinisée» ou «diabolisée», que nous avons construite enfant.

Un dogme est toujours fondé sur un absolu relationnel… Un dogme se présente toujours comme la vérité…  Remettre en question les dogmes revient à faire une révolution et à jeter à terre les idoles et à concevoir comme mensonge ce qui nous a été présenté comme une certitude… C’est désorientant et le risque est important de changer un cadre de pensée dogmatique pour un autre cadre de référence tout aussi dogmatique et susceptible de nous éviter d’assumer la liberté, la responsabilité et la solitude d’être unique dans le monde…

La suite la semaine prochaine…   Vous voulez préciser certains points?  N’hésitez pas à communiquer vos questions ou à contredire ce texte…  de toute façon, je sais que j’ai raison;)

Le pouvoir de soi

8 août 2010

Daniel Pelletier

Un peu comme une mince tranche de jambon compressée entre deux tranches de pain, nous avons vu dans les deux dernières semaines que le moi ou l’ego est enclavé entre le ça, le principe de plaisir, et le surmoi, le moraliste parental culpabilisateur.

Nous avons constaté aussi dans le blogue Y a-t-il un pilote dans le cerveau que c’est nous qui devons le conduire notre cerveau et l’éduquer tel un enfant.

Lorsque des parents élèvent leurs enfants et qu’ils passent la majeure partie de leur temps à leur crier après, à les discréditer et à leur dire qu’ils ne feront jamais rien de bon dans la vie cela laisse des traces extrêmement néfastes dans le développement psychologique de la personne et attaque de plein fouet leur estime de soi et leur confiance en elle-même.

Comment pouvons-nous nous sortir de cet enfer quand on est pris dans un tel merdier? Il n’y a pas 36 solutions. Il n’y a que la volonté, la discipline, le sens à la vie et l’amour de soi qui triomphe de ce cataclysme existentiel.

Ça commence où? Ça commence par un discours interne positif envers soi-même. Combien d’entre vous se traitent de tarlas, d’imbécile, de cave et autres superlatifs de ce genre à la moindre petite gaffe que vous faites. On fait une erreur bénigne et intérieurement on se traite comme si on avait détruit le Château Frontenac, comme si c’était la fin du monde.

Nous les Québécois, nous sommes d’une virulence destructrice incroyable envers nous-mêmes. Au lieu d’avoir du respect envers nous-mêmes, nous nous traitons intérieurement comme si on était des parias ou le dernier des trous du cul. Ça n’a pas de sapré bon sens. Faut arrêter de s’auto flageller. Faut arrêter d’être des bourreaux envers nous-mêmes. Faut arrêter de se haïr intérieurement.

Il est grand temps de changer notre discours intérieur. Il est grand temps de se mettre à s’encourager et à se bâtir plutôt que de passer notre temps à essayer de se démolir. Le pouvoir de soi, ça commence par un état mental approprié envers soi-même. Arrêter de vous crucifier. Vous n’êtes pas parfait, vous êtes perfectibles. Alors, travaillez-vous dans le bon sens !

Je pars en vacances pour deux semaines et je vous laisse aux bons soins de notre Denis Viel national qui aura le plaisir de nourrir ce blogue avec des réflexions toujours empreintes de bon sens. Soyez sages mes enfants, mais pas trop tout de même, et dieux du ciel, aimez-vous sacramouille. À +.